Skopje

Je ne me souviens pas bien de la route pour Skopje mais je crois me souvenir que rejoindre la capitale macédonienne n’a pas été facile.

Arrivés là bas, nous nous sommes quelque peu remis de nos émotions en dévorant un bon gros börek, puis en noyant notre fatigue dans la mousse d’une Murphy’s, assis à la terrasse d’un pub irlandais.

Notre hôte, Olivier, nous y a retrouvé et a fini de nous achever sous un flot de paroles qui ont bien faillis me faire tomber sous la table ! Pas que sa description de la ville n’était pas passionnante, mais vous savez ce qu’un jeune architecte passionné buvant un café alors qu’il est déjà plein d’énergie peut produire lorsqu’il est lancé… Je vous jure qu’il me fallait lutter pour que mes paupières ne scellent pas de pacte avec Morphée.

En architecte qui se respecte (de ce que j’ai pu observer jusque là en tout cas), son appartement était agencé et décoré avec goût et beaucoup de sens pratique. Comme il l’a lui-même dit, rien n’est superflus, chaque chose a son utilité et l’encombrant est écarté pour permettre à l’œil de repérer facilement ce dont il a besoin. Murs blancs, meubles de récup’ modernisés, lignes droites adoucies par quelques fauteuils aux formes arrondies et un tapis poilu, étagère à multiples casiers judicieusement investis, on aurait dit l’appartement de deux zigotos que je connais bien s’ils s’étaient installés ensemble à 26 ans. La seule nuance étant l’absence presque étonnante de Macintosh…

La ville de Skopje, nous le savons à présent, est un nid d’aberrations architecturales. Au moment même où je vous écris ils font construire sur les rives de la rivière, jadis interdites à la construction pour les risques d’affaissement ou d’inondation, un bâtiment au style gréco-romain dont les nombreuses colonnes ne supportent absolument rien. Ils ont aussi entrepris d’ajouter quatre ponts qui se trouvent tous à moins de 100 mètres d’un pont déjà existant. Une petite anecdote pour finir, qui se passe il y a deux ans je crois, lorsque la ville a annoncé la construction d’une nouvelle église. Après avoir longuement observé les grandes villes européennes, ils ont décidés que cette église se dresserait là où nous les placions quelques siècles en arrière, au beau milieu d’une place centrale. A l’évocation de ce projet les étudiants, déjà consternés par les fantaisies des dirigeants de la ville, ont décidés de réagir en organisant une protestation totalement pacifique pendant laquelle ils auraient dû reproduire avec leurs corps l’espace que devrait prendre l’église une fois terminée. Mais cette manifestation a elle-même suscitée le mécontentement des ecclésiastiques et de la ville de Skopje, qui a trouvé malin de parer au problème en offrant à boire aux jeunes des banlieues avant de les envoyer du côté du centre ville, histoire de donner un coup de main aux hommes en robes pour discréditer tous ces jeunes hérétiques… Mais ce ne sont que des exemples.

Il y a quand même de jolies choses à voir, notamment le Grand Bazar qui abrite l’essentiel de la population musulmane de Skopje. C’est le quartier où nous avons passé le plus de temps à nous promener, à déambuler tranquillement dans l’agitation et le dédale des rues, en profitant du soleil et de sa chaleur qui revient doucement avec notre avancée vers le sud.

Un ami d’Olivier nous a accompagnés pour visiter le musée d’histoire de la Macédoine, qui renferme quelques trésors pour la plupart inaccessibles vu qu’à part l’étage consacré à la préhistoire rien n’était traduit. Notre guide de fortune nous a quand même raconté quelques trucs, dont une anecdote plutôt marrante, si on apprécie l’humour noir :

Durant la guerre qui les opposait à l’Empire Ottoman, les macédoniens ont voulus fabriquer un de ces canons qu’ils avaient pu observer chez l’envahisseur. Ils ont donc pris un tronc de cerisier qu’ils ont creusés, l’ont entourés de cercles de métal pour consolider, ont bourrés de poudre et ont allumés la mèche. Ceux qui suivent l’auront compris, tout a explosé, dans le tas 6 hommes à eux, l’idée du canon fut définitivement enterrée et ce jour depuis est commémoré tous les ans en Macédoine.

Pour notre dernier jour nous nous sommes tous réunis autour d’une table de restaurant pour partager un bon repas, typiquement macédonien cela va de soit. Il y avait donc Olivier, son ami, leur copine respective, l’américain qui couchsurfait avec nous chez Olivier, Vincent et moi. Notre hôte voulait que nous goutions à tout, nous n’avons pas été déçu et nous ne sommes pas resté sur notre faim, c’est le cas de le dire… La table, assez grande pour accueillir confortablement 7 à 10 personnes, était entièrement couverte de plats. Toute la carte des entrées était là, généreusement arrosée de vin et rakija. Après les entrées il y a eu comme il se doit les plats de résistance. Nous n’avions déjà plus faim et la table, de nouveau, se faisait recouvrir de plats. On voyait arriver les assiettes, on pensait à chaque fois que le défilé des serveurs allait s’arrêter mais non ! Il en arrivait encore et encore, et puis du vin et du rakija jusqu’à plus soif, c’était une véritable orgie. La sœur d’Olivier et son copain sont arrivés pour nous prêter main forte mais à la fin il en restait encore, heureusement que ces pays sont coutumiers du doggy bag.

Nous avons passé 6 heures autour de cette table, je n’avais jamais autant mangé de toute ma vie. Pour ce festin nous avons déboursé chacun un peu moins de 20 euros. Nous sommes repartis en trainant nos panses gonflées, c’était il faut le dire un véritable massacre mais d’après ce qu’on nous a dit ce genre de repas est de circonstance à chaque célébration, ou en tout cas toute bonne occasion… J’aurais vécu ça au moins une fois dans ma vie, en attendant une hypothétique prochaine fois il va me falloir quelques jours pour digérer tout ça !

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