Archive | septembre, 2010

Frontière allemande

26 Sep

Pause.

 Nous avons jeté la tente au milieu d’un bout de vert et le vert de la tente se fond avec, prend la pluie avec, oublie qu’elle est une tente posée à cent metres d’une frontière avec à son bord deux marcheurs qui ont oubliés d’avancer.

 Il y a la frontière, le MacDo et le Rhin, la route qui devrait nous conduire dès demain à Stuttgart. Il y a Flash, Billie Holliday et sa voix de miel, et il y a Barjavel.

« Cet après midi, il s’était assis à l’endroit habituel, il avait disposé ses dessins fleuris, son écriteau et sa boite vide, et il avait commencé à chanter. Le brouillard lui était tombé dessus d’un seul coup. Il avait replié son jardin, coiffé le capuchon de son Duffle Coat et continué de chanter, non plus dans l’espoir des pièces, mais parce qu’il faut aussi chanter dans le brouillard. L’humidité détendait les cordes de sa guitare, et par fractions de tons il descendait à la mélancolie du mineur. Le fond du fleuve lent poussa devant lui le corps de Jane. A la hauteur de ses yeux il vit passer le bas de sa robe de noyée, ses longues jambes mouillées, une main ouverte qui pendait. Il leva les yeux mais le haut de la tête et du corps étaient fondus dans l’eau grise. Il saisit la main glacée au moment où elle allait disparaître, se leva et découvrit le visage de Jane. Il était comme une fleur qui s’est ouverte après le crépuscule et qui croit que seule existe la nuit. Sven comprit qu’il devait lui enseigner le soleil. Il ôta son duffle coat, le lui posa sur les épaules et le ferma soigneusement autour d’elle et de la chaleur qu’il lui donnait. »

Les Chemins de Katmandou, René Barjavel

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Pensées malaise

25 Sep

Je ne sais pas pourquoi cette sensation de légère angoisse qui me prend lorsque je tente d’envisager la route, l’impression tenace de partir seule, de ne pas savoir où je vais. Je ne suis pas à l’aise, tout parrait tellement flou, décousu, nous à chercher le fil au fur et à mesure.

J’ai peur parfois de m’engager dans une aventure trop grande pour moi.

Nous avons tout juste atteind la frontière allemande, même pas enore franchie, et nous avons déjà peur de tout, de nous, des autres, de la route, surtout des autres.

Je sens en moi quand on s’avance quelque chose qui se tend et se déchire un peu, envie de pleurer comme une enfant.

 Et si les voyages étaient une façon d’échapper à l’autorité?

 Pourquoi l’idée d’une évasion sortant un peu des marges effraie les anciens, excite les plus jeunes ou les esprits un peu plus aventuriers.

Et si les hautes instances cherchaient progressivement à nous dissuader de partir, d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs, d’ouvrir nos yeux, nos idées, au contact d’autre chose…

…faisant pour cela passer des informations truquées, des à prioris douteux qui s’immicent dans nos têtes au moyen des médias, des films, des documentaires, des livres et des magazines, filtrant soigneusement tout propos qui viendrait mettre en porte à faux leur mascarade.

 En lisant Krishnamurti, je réalise à quel point le voyage que j’essaye d’entreprendre et l’idée de me « libérer du connu » sont étroitement liés, à quel point la lecture de l’un fait tomber les blocages de l’autre, et surtout à quel point cela vient confirmer d’une certaine façon ce que je posais en questionnement plus haut.

« En chacun de nous est une tendance à s’accommoder des choses, à s’y habituer, à blâmer les circonstances. « Ah! Si les choses étaient autres, je serais différent » disons-nous: Ou bien :  « Donnez moi une occasion favorable et je me réaliserais ». Ou :  « L’injustice de tout cela m’écrase. ». Nous ne cessons d’accuser les autres, notre milieu, la situation économique, d’être la cause de tous nos désordres. »

Se libérer du connu, Krishnamurti

Colmar

24 Sep

Nous sommes partis.

 Après une semaine de stop et d’arrêts « grands parents », beaucoup de chance et quelques rencontres sympas nous avons trouvé Jean, un routier sympa (bien qu’un peu étrange) qui nous a conduit jusqu’à Colmar, en Alsace, en plus ou moins 15 heures.

On a cherché à travailler un peu parce que c’était encore la période des vendanges, abandonné l’idée, trouvé une auberge de jeunesse tenue par un gros con (je pèse mes mots) et finalement décidé de tracer la route plus loin. On est fatigué, déjà, le stop c’est pas de tout repos et on ne sait jamais ce qui nous attend derrière un nouveau visage.

Ça passera…

Lève le pouce et puis s’en va

16 Sep

Il y a eu Genève pour l’une, l’Europe pour l’autre, puis Genève aussi. Il y a eu la vie grise, l’incertitude face au futur, l’ennui, la peur de l’échec, les boulots dans les bars, les renvois, les changements d’adresse, les rencontres, les amis, les fêtes, l’Usine, il y a eu la joie tout de même. Il y a eu l’Etabli, la folie, le boulot, encore la folie, l’été est passé, quelques hoquets, la démarche mal assurée, et ce fut le départ, le grand départ même. Le jeudi 16 séptembre 2010, le voyage pouvait enfin commencer…